Les trucs qu’on fait avec des Espagnols: on bosse et on a plein de chouettes collègues
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Bon, c’est pas le tout de boire et manger en causant comme j’ai expliqué hier. J’ai fait plein d’autres trucs en Espagne, moi.
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D’abord j’ai bossé.
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Bah oui, on m’avait envoyé à Madrid pour travailler, donc il a bien fallu que je m’y colle et je dois admettre que mon premier boulot était proprement génial.
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Au début, j’avais des horaires à mi-temps (12 heures par jour, donc) comme ça j’ai pu connaitre mes collègues à fond. Même que y’a des trucs que ça m’aurait pas gênée de pas savoir dis donc.<!–[if gte vml 1]> <![endif]–><!–[if !vml]–><!–[endif]–>
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Par exemple, mon collègue Alberto qui avait des problèmes de slip, rapport à qu’il se repositionnait toujours tout le bazar là -dedans à chaque fois qu’il se levait.
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Déconcertant, mais au moins ça me permettait de me fixer sur autre chose que son haleine de chacal, savament entretenue par son fumage intempestif de tabac noir, et le fait qu’il n’avait pas non plus découvert les bénéfices du déodorant.
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Heureusement, il était pas souvent là l’Alberto. Pour faire croire que il était là mais en fait il était parti aux putes faire un tour, il laissait une vieille veste à carreaux à demeure sur son dossier de chaise. Quand il était à son bureau, c’était tout un tableau l’Alberto avec une veste sur lui et une autre juste derrière, sur son dossier. L’homme aux deux vestes.
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Mais bon, sinon il était sympa, moi je l’aimais bien malgré qu’il puait.
Et puis finalement il s’est fait virer.
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Et puis y’avait David, l’excité dont j’ai parlé la dernière fois. Bon, lui aussi il s’est fait virer.
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Alejandro, lui, était bien, mais vraiment, hein.
C’était un gars très chic voyez-vous, mais question politesse, ses parents avaient dû sauter des étapes dans son éducation. Pourtant ils avaient eu le temps d’y Å“uvrer parce qu’il a quand même vécu chez eux jusqu’à ce qu’il se marie.
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A 43 ans donc.
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Même qu’à l’occasion de son mariage il s’était fait faire des implants capillaires, c’était très chouette.
Donc l’Alejandro était du genre à entrer comme un seul homme dans mon bureau et à me demander des trucs en parlant très fort – je précise parce qu’en général il parlait plutôt bas – alors que j’étais au téléphone.
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Bon, une personne normalement constituée se serait arrêtée de parler, voire même elle se serait excusée d’avoir interrompu.
Mais mon Alejandro n’était pas normalement constitué.
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Lui dans ce cas-là , il en rajoutait une couche, en exigeant une réponse là immédiatement:
“Mais Alex, là j’suis au téléphone avec un fournisseur, on se parle tout à l’heure d’accord?”.
Non ça il comprenait pas, après il était vexé, il fallait même que je m’excuse après: “excuse-moi de ne pas avoir pu te répondre tout à l’heure quand tu es entré comme un fou dans mon bureau en interrompant ma négociation de tarif, espèce d’abruti.”
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Ce qui est marrant avec Alejandro, c’est qu’il détestait le manque de courtoisie des gens. Il aurait dû être habitué pourtant…
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Et puis il y a eu Fernando, le maitre ès-plans foireux.
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Moi: “Bon Fer, j’descends faire une présentation à ton client dans 15 jours. Tu me prépares une salle là dans ton coin du Sud?”
Fer: “Ouais ouais pas d’problème, c’est comme si c’était fait.”
Moi: “Super, merci, mais tu regardes bien si y’a assez de place, parce qu’on va être quinze là quand même. Et puis il faudrait des tables pour tout le monde et au moins deux prises électriques. Et je vais utiliser un projecteur alors surtout assure-toi qu’il y ait au moins un mur blanc, d’accord?”
Fer: “Ouais, ouais, ouais, c’est fait j’te dis, te tracasse pas…”
Quinze jours et 400 km après, j’arrive et qui c’est qui n’y a?
Mon Fernando la goule enfarinée, équipé du client et des quinze bonshommes, qui m’attendent devant ce qui ressemble fortement à un placard à balais amélioré, avec une chaise et une table et rien d’autre parce qu’avec ça la pièce était remplie.
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Mais les quatre murs étaient blancs quand même.
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Purée j’ai cru que j’allais lui faire sa fête à mon collègue les étrangler tous chialer.
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Et là Fernando me dit: “Euh, je crois qu’on va pas tous loger en fait.”
…
“Non? Tu crois?!!!”
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Nan j’ai pas dit ça. J’ai dit, “bon ben il faut faire la présentation alors on va chercher une salle pour contenir tout ce petit monde, hein!”
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Paniproblème. Une demi-heure après, Fernando m’appelle: “nous avons une salle”. Ô joie!
“Super, Fernando, où qu’elle est ta salle?”
…
“Attends, j’crois que je t’ai pas bien entendu, là … T’as dit qu’elle est dans un bar??”
…
“Ah non. C’est un bar?” “Euh tu t’fous de moi, là ? ben j’te rejoins avec les autres.”
…
“Au fait, il a un mur blanc au moins le bar?”…
…
Et c’est comme ça qu’une heure après, j’ai commencé ma présentation, dans un bar à thème film de western, avec des statues d’indiens et des murs entièrement couverts de lambris. Marron foncé les lambris. Devant mes quinze bonshommes et leurs pintes de bière respectives, avec en plus les clients du bar qui venaient voir de quoi je causais.
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Soupir…
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Rassurons-nous, Fernando ne foirait pas que pour les autres: il n’était pas plus doué quand il s’agissait de lui-même.
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Pour vous donner une idée du truc, il avait failli perdre un Å“il en jouant au padel (une espèce de tennis rabougri). Même qu’ils avaient foiré son opération pour lui remettre l’Å“il d’aplomb et qu’il avait dû rester quinze jours allongé sur le ventre, avec interdiction de bouger la tête. Il avait un peu la loose le Fernando.
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Bon, faut savoir qu’on avait un chef, il était super. Des fois quand il s’énervait, il virait des gens, mais quand il le faisait on le voyait venir d’assez loin en général.
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Par exemple, le jour où il a placé une petite annonce dans El PaÃs pour deux postes qui étaient celui de Fernando et d’un autre collègue, le message était clair pour tous.
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Sauf justement pour Fernando, qui a continué à jouer tranquilos au padel pendant que son collègue cherchait du boulot à toute allure.
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Et puis un jour le père de Fernando est décédé (quand je vous dis qu’il avait la loose), et Fernando a invité not’ chef à l’enterrement. Et not’ chef y est allé. Et le lendemain, même pas 24 heures après avoir enterré son père, not’ chef l’a viré.
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C’était le roi du tact, not’ chef aussi.
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J’y suis plus, dans cette boite. Je suis dans une autre qu’est très chouette et qui me fait voyager partout.
En parlant de voyages, la prochaine fois on restera dedans en attaquant le complexe sujet de que faire de ses vékendes et heures de loisirs avec ses amis z’espagnols.
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