Köln - Madrid and other stories

Les trucs que je n’aurais jamais vécus si je n’étais pas partie vivre à l’étranger – 7

April 16, 2008 · No Comments

Les trucs qu’on fait avec des Espagnols: rendez-vous autour d’un verre et d’un bon repas

 

La dernière fois on a vu comment se faire – ou pas – des amis en Espagne. A présent, on va voir quelles activités quotidiennes on peut faire avec eux dans la capitale ibère.

 

Eh ben d’abord on fait comme en France, c’est-à-dire qu’on boit, on bouffe et on cause. Alors attention, parce que ça se fait pas n’importe comment.

 

L’apéro.

Wizzz! Comme en France dis donc. En Angleterre aussi on peut prendre l’apéro mais dans ce cas c’est plutôt chic, on fait ça dans les cercles entendus, dans des occasions spéciales, c’est tout juste si on n’a pas le petit doigt levé pour l’occasion. “Kir royal ma chère?” “Ah, goutez-moi ce vin que nous avons ramené lors de notre voyage à [ville du Chili-Australie-Portugal-Espagne-Médoc, rayer les mentions inutiles], vous m’en direz des nouvelles”. Très chic, donc.

 

Alors qu’en Espagne, c’est pas comme ça que ça se passe, nan nan nan.

 

C’est à la bonne franquette, avec tortilla de patatas, olives en veux-tu en voilà et tout plein de charcuteries de toutes sortes. Et des fois des chips aussi. Et pour la boisson, on ne fait pas dans la dentelle non plus: bière espagnole, bière espagnole avec du soda dedans, gros rouge qui tache avec du soda dedans aussi et des glaçons aussi des fois, et puis vermouth.

 

Ah qu’est-ce que c’est bien de pouvoir siroter un vermouth sans se soucier du qu’en dira-t-on! Oui, parce qu’on ne commande pas un Martini pour l’apéro, ça fait prout-prout, c’est nul; non, on dit qu’on veut un vermouth et pis voilà.

 

Et là le Martini, pardon, le vermouth arrive dans un grand verre en forme de tube avec plein de glaçons et tout. Car les Espagnols sont généreux sur la ration d’alcool. Au début ça surprend, après on est pompette.

 

Le café

Noir, noir avec des glaçons, au lait, coupé de lait, avec un nuage de lait, au lait coupé de café, dans une tasse, dans un verre. Que comment je prends mon lait dans le café? Si lait chaud ou lait froid, ou lait tiède?

Euh, ben non, tiens, finalement je vais prendre une verveine-menthe. Car les Espagnols sont fous de cette tisane, presque autant que de leurs innombrables variations sur le même café.

 

Le jus d’orange

Purée comment qu’c’est trop bon: dans les bars ils servent du vrai jus d’orange juste pressé là à l’instant devant vos yeux. Pas du machin pseudo-bio pressé trois heures auparavant (garanti 0% en vitamines) et pas du truc chimique non plus. Moi je dis, ce système il faut l’exporter de toute urgence.

En revanche, impossible d’avoir un citron pressé. C’est comme ça.

 

La marcha à Madrid

Alors la marcha, c’est les sorties, un truc indispensable pour connaitre la vraie vie du djeuns madrilène.

Personne n’a jamais pu m’expliquer pourquoi ça s’appelle comme ça. J’ai fini par en conclure que c’est rapport au nombre d’heures qu’on passe à marcher par nuit pour trouver un bar qui soit ouvert, qui plaise à tout le monde, où on puisse tous loger même si c’est pour être tout tassés et tout, qui soit pas trop cher, qui soit pas trop nul, etc.

Car les locaux du centre de Madrid sont très convoités. Trouver une place assise à une terrasse à 22h un soir d’été relève de l’exploit, voire de la science fiction.

 

Dans ce cas-là, nous pratiquerons l’art autochtone du déplacement latéral dans le voisinage des tablées dont les verres sont les moins pleins, en plan vautour voyez-vous, pour – pof! – attaquer en piqué au moindre mouvement d’un verre qui se vide ou d’un téléphone portable qu’on ramasse de la table.

 

Ah, faut être agile, hein! Et surtout, pas de pitié pour les pauvres malheureux qui attendent leur tour depuis un quart d’heure de plus que vous, y’z’avaient qu’à être plus attentifs! (alors faites gaffe sur ce dernier point, parce que des fois il y a quand même des ordres à respecter).

 

Bon. Admettons qu’on a trouvé un endroit bien, sympa, répondant à tous nos critères. Qu’est-ce qu’on fait après la première boisson? Eh ben on s’en va, figurez-vous! Après tout ce mal qu’on s’est donné, on s’en va et on re-marche pendant deux heures pour trouver un autre endroit pour se poser.

Voilà, c’est ça la marcha.

 

Manger

Bon, c’est pas le tout de boire, faut aussi becqueter.

Alors s’il y a un pays qui aime vraiment la bouffe, c’est l’Espagne.

 

Ils l’aiment autant que nous (pas la notre, la leur), et ils sont au moins aussi chauvins que nous sur le sujet, voire plus; même que je savais pas que c’était possible, ça.

 

Alors c’est pas compliqué, à chaque fois que mon interlocuteur avait une poussée de patriotisme gastronomique, j’acquiesçais systématiquement, même si c’était Cutrix qui ne faisait rien qu’à critiquer la cuisine française, j’opinais du chef quand même. On n’allait quand même pas se fâcher là-dessus, car les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas.

 

Sinon, ils ont des choses uniques comme le jambon – là pour le coup c’est vrai qu’il est bon l’animal – la chistorra dont je mangerais des quantités industrielles, et les olives – j’aime pas les olives, sauf une catégorie en particulier, qui vient d’Espagne justement. Et puis le boudin noir aussi: ils ne le font pas pareil, ils mettent des choses dedans, du riz et tout, et je trouve ça très bon, moi qui n’aimais pas le boudin avant.

 

La cuisine à l’huile.

Ben moi qui viens d’un endroit où l’on cuisine au beurre, j’peux vous dire que c’est bon l’huile d’olive.

Par contre je n’ai jamais été fichue de verser deux doigts de hauteur d’huile dans la poêle comme le veut la tradition. Non, chez moi c’est deux gouttes pour que ça attache pas et le tour est joué. Bah oui, je ne suis pas très portée sur la friture alors évidemment…

 

Donc, tandis qu’un vrai Espagnol achète son huile d’olive en bidons de 5 litres et que ça lui dure trois mois, pour ma part j’achète des bouteilles en verre très prout-prout de 75cl d’huile d’olive AOC. Denominación de Origen qu’ils appellent ça, ou DO pour les intimes: ce sont des huiles qui viennent d’un endroit spécifique, sont faites avec des olives spécifiques – avec des noms qui font rêver comme picual ou hojiblanca – et sont spécifiquement bonnes. Bon évidemment ça me coûte le prix du bidon de 5L, mais ça me dure 6 mois et qu’est-ce que c’est bon!

 

Par contre, ne cherchez pas d’huile d’arachide: y’en a pas. D’ailleurs, j’ai cherché dans plusieurs dictionnaires et ils ne donnent pas d’équivalent au mot arachide, qu’ils traduisent par cacahouète. Quand j’expliquais à mes amis que je cherchais de l’huile de cacahouète, ils étaient moyennement ragoutés. Tu m’étonnes.

 

La causerie

Boudiou, moi qui pensais être bavarde, eh bé, je peux aller retourner jouer dans la catégorie amateur, parce que c’est rien du tout à côté.

 

Alors en général j’ai trouvé ça sympa. C’est vrai quoi, c’est bien d’être avec des gens ouverts, bavards: qui a envie de passer une soirée avec des tristes? Nan ça pour mettre de l’ambiance ils sont bons en général, c’est très chouette.

 

Par contre, il y a des moments où nous on parle, et eux pas: par exemple les discours des banquets de mariage. Y’en a pas en Espagne dis donc. Ils ont pas de discours: même les mariés, y causent pas. C’est marrant, non?

 

Et puis à côté de toute la causerie sympa, il y avait mon collègue David.

 

Alors mon collègue David, il était gentil en général. Il avait une grosse bedaine et un briquet promotionnel d’une boite à putes de nuit du coin. Il lui manquait plus que la gourmette.

 

David était un gars placide, ça devait être toutes ces nuits passées à danser avec les prostituées qui le calmaient. Mais des fois, il s’énervait. Et là il devenait, euh, comment dire, expressif.

 

Des fois il était remonté contre moi, des fois contre quelqu’un d’autre, des fois contre le temps qu’il fait, mais le résultat était le même: il se mettait à parler à toute vitesse et il ne s’arrêtait plus. Une mitraillette à paroles.

Alors qu’est-ce qu’il racontait dans ces moments-là? Ben j’en sais rien, j’ai jamais écouté. Si ça se trouve c’était intéressant et tout.

 

Bon au début j’essayais de répondre, d’argumenter. Erreur! Ça le stimulait encore plus. Et vas-y que j’te hurle au téléphone pendant des heures, et vas-y que je crie à la mort en parlant plus vite que mon ombre.

 

Dans ces moments-là, je me levais, j’allais me servir un café, et quand je revenais il était toujours en train de déblatérer son discours à vitesse de croisière (supersonique, donc). Alors je le laissais finir, à la fin il était hors d’haleine calmé, et on raccrochait.

 

Super le David.

 

Tiens, il m’a donné envie de vous causer des autres trucs que j’ai fait avec mes collègues au travail à Madrid, le David. C’est ce qu’on fera la prochaine fois, donc.

Categories: Français
Tagged: , , ,

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

Leave a Comment